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Les recits de Choukchine etait presente au Theatre des Celestins le mercredi 17 novembre pour la premiere fois en France dans le cadre de cette annee France Russie 2010. C'etait un bonheur absolu — 2h45 d'energie, de delicatesse, d'ardeur : un travail impressionnant dont les Russes sont si souvent capables. Le fruit d'une collaboration entre Alexis Hermanis, Directeur du Nouveau Theatre de Riga et le Theatre des Nations de Moscou, le spectacle evoque une dizaine de nouvelles de Vasily Choukchine sur la vie des paysans et ouvriers siberiens face au sovietisme et au “ progres “ technologique et economique. Pour autant, le spectacle chante et rayonne d'energie et d'esperance devant les tribulations de la vie.

Authentique etait ce voyage en Russie. Grace aux portraits realistes de Choukchine, au style novateur “ documentaire theatre “ de Hermanis, au voyage d'immersion en Siberie des interpretes, et bien sur, a la musique de la langue, les spectateurs russes riaient et chantaient en harmonie avec leurs compatriotes acteurs. Et les amateurs et voyageurs eclaires de la Russie y reconnaissaient la formidable “ ame russe ”.

Le decor est simple et la mise en scene privilegie la parole et l'expression des personnages. Chaque scenette se deroule le long d'un simple banc qui longe la scene devant un panneau de photos. Le dynamisme des scenettes est entretenu par une narration et une mise en scene de l'histoire qui se poursuivent separement. Dans „ L'amour de Stepan ”, deux jeunes femmes assises sur un banc ensoleille devant un champ de tournesols ouvrent la serie de recits avec une histoire d'amour inattendu. Papotant et mangeant des graines de tournesols, elle nous apprend la derniere nouvelle du village. Sur l'autre cote du banc, s'enchainent les aventures de Stepan qui conquiert Tania, la plus belle fille du village, avec des armes imbattables : un costume trois fois plus grand que lui, des cheveux epars, et des gestes maladroits.

On s'etonne aussi de l'esperance qui vient souvent sauver les personnages de situations desesperees. Un pauvre ouvrier, Serguei, achete des bottes pour remonter le moral de sa femme Klavia dans „ Les bottes ”. Pousse par ses compagnons de travail, Serguei se decide a depenser 65 roubles (“ moitie prix d'un scooter! “, s'exclame plus tard un d'entre eux) pour faire plaisir a sa femme. Ce sont des bottes “ faites pour les dieux “ : lui et ses amis rentrent leurs mains a l'interieur de la botte avec l'excitation et la peur d'un homme qui fait l'amour pour la premiere fois. Mais tout commence a prendre un ton desespere quand Klavia s'efforce de faire rentrer son pied dans la botte. On n'attend qu'a une grande deception de cette femme qui doit renoncer a ce rare petit plaisir. Pas du tout : elle appelle Serguei tendrement a ses cotes, reconnaissante de son geste d'amour.

Enfin, les recits racontent l'evolution du temps. Dans la confrontation des modes de vie paysans/ville, pre/post Soviet, et pre/post technologie, se trouve l'incomprehension des personnages devant la perte et la richesse que ces evolutions apportent. “ Un beau dimanche, la vieille mere ” raconte l'histoire de Gania, un homme aveugle de naissance, qui chante des chansons „ de la guerre, de la prison, d'orphelins, d'errants ” avec son accordeon. Avec l'arrivee de la radio et la pension, il est prive de son metier mais „ sauve ” par la pension instauree par les Soviets. Sans raison d'etre, il se met a boire, mais il recouvre l'espoir quand trois etudiants viennent enregistrer ses chansons pour les proteger de l'oubli. Quand ils sortent leur enregistreurs et reclament des chansons toujours plus tristes ou douloureuses, Gania les renvoie : ses auditeurs precedents participaient a l'emotion que ses chansons faisait naitre. Pas besoin de s'expliquer. Dans cette histoire d'incomprehension reciproque, c'est le memoire qui passe a la trappe.

Les recits de Choukchine nous font gouter et voir la Siberie, a dit une grande voyageuse qui est parmi le petit nombre de personnes au monde qui a traverse la route de la Kolyma. Ces recits en ameneront surement beaucoup d'autres.